Acquisitions

LES ACQUISITIONS
Remontez plus loin pour voir l’historique des acquisitions

Depuis sa création en 1947, l’association poursuit son engagement : enrichir les collections du musée des Beaux-Arts de Limoges.
Elle consacre une grande partie de son budget à cet objectif comme en témoigne la plaquette  éditée en 2013.
Les deux plaquettes  publiées, celle du Cinquantenaire (1947-1997) et son complément (1998-2002) étant  épuisées, les premières acquisitions sont reprises sous forme de vignettes  dans cette dernière.

Don des amis du musée : une coupelle de Pierre II Nouailher

Au fond de la coupelle, se détachant dans un paysage nocturne et agreste (chapelle, flanc forestier d’une montagne), saint François, vêtu de sa robe de bure serrée par une cordelière, reçoit les stigmates (dans les paumes de ses mains et sur l’un de ses pieds, de légères touches de vermillon soulignent ces plaies sur sa carnation laiteuse), tandis que la portion supérieure de ce fond est réservée à sa vision, l’apparition du Christ crucifié sous la forme d’un séraphin irradiant des rayons d’or ; un  halo nébulé d’un bleu céleste isole cette scène secondaire mais essentielle. Son aile est organisée en six médaillons ovales dans lesquels sont enserrés alternativement des figures enfantines (deux putti et un angelot), un buste de lion et deux aigles prêts à s’envoler ; tous sont inscrits dans un décor végétal polychrome composé de palmes et de feuilles d’acanthe. Ces médaillons sont délimités par un trait dessiné de jaune et séparés par de courts rinceaux modelés en relief avec de l’émail blanc opaque relevé d’or qui rejoignent la bordure, aussi constituée de petits motifs « rocailles » rehaussés de noir ou d’or, selon leur emplacement.

La face externe du fond est ornée en son centre de l’écu armorié des Verthamon, famille bourgeoise et consulaire de Limoges anoblie en 1569 par un office de trésorier de France au bureau des finances de la ville ; celui-ci est timbré d’une couronne à neuf perles (dite comtale), entouré de deux palmes et surmonté de l’inscription FRRΛCOIS ͘· VERTHAMON. Subtilement coloré, ce décor s’achève par une couronne de lauriers partagée en quartiers par quatre coquilles, celle située à la pointe de l’écu est accolée au monogramme PN, permettant d’identifier son auteur, Pierre Nouailher. L’aile externe reprend la même organisation que pour celle de l’intérieur, mais cette fois les six médaillons ovales n’abritent que d’exubérants rinceaux végétaux colorés de parme, bleu, vert ou turquoise et rehaussés d’or ;  enfin, la lèvre de la coupelle présente un double filet emprisonnant de minuscules « virgules », le tout encore traité à l’or.

En bon état et d’une très belle qualité d’exécution, l’acquisition de cette œuvre renforcerait la présentation de cette typologie, déjà riche de dix-neuf pièces (quatorze du XVIIe siècle, cinq du  XVIIIe) mais qui ne compte que deux coupelles signées par Pierre II Nouailher : l’une, peu colorée et d’inspiration religieuse qui associe Saint Martial (coupe interne) à Saint Ignace de Loyola (coupe externe), l’autre, en grisaille et d’inspiration mythologique et profane qui combine Le triomphe de Neptune et d’Amphitrite (coupe interne) avec un Paysage (coupe externe) ; les deux sont des dépôts du musée du Louvre (inv. MR 178 et 2467). Surtout, cette acquisition aurait un double intérêt. D’une part, celui d’illustrer une représentation hagiographique — Saint François recevant les stigmates — fort rare semble-t-il parmi les arts décoratifs des XVIe-XVIIe siècles (le Petit Palais, musée des Beaux-Arts de Paris, conserve une telle scène sur une majolique de Deruta, inv. PP02440) ; l’iconographie du Poverello d’Assise reste très limitée dans les émaux (le musée de Limoges n’en détient qu’une figuration : Saint François supplié par un pénitent, plaque attribuée à Jean-Baptiste I ou II Nouailher, 2e moitié XVIIIe siècle, inv. 2001.13.2). D’autre part, celui de disposer d’une seconde œuvre émaillée portant les armoiries des Verthamon, seul lignage d’origine limougeaude à avoir marqué un intérêt soutenu pour les émaux peints et à passer commande de pièces, auprès de différents ateliers, au long du Grand Siècle.


Ill. 1

En effet, le musée des Beaux-Arts de Limoges garde déjà la mémoire de leur mécénat grâce à une grande plaque réalisée par Léonard II Limosin (ill. 1) et intitulée M. Verthamon présente un placet à saint Martial ; son écusson est visible dans la partie inférieure du médaillon central (après 1622, MBAL, don de la Société royale d’agriculture, 1846, inv. 10).

Un autre membre de cette riche lignée — puisque celle-ci fut en capacité d’acheter dès 1588 une charge de conseiller au parlement de Paris —, est mentionné sur quatre œuvres conservées dans des collections publiques, datées entre 1615-1625, exclusivement religieuses : L’Adoration de l’Eucharistie attribuée à Jean Reymond (musée du Louvre, inv. OA 45 et sa réplique du British Museum, inv. 1855, 12-1, 23), Saint Benoît de Nursie (ill. 2) et Saint Bruno, plaques monogrammées IC (Baltimore, The Walters Art Gallery, inv. n° 44.285 et Londres, Victoria & Albert Museum inv. n° 792.1877). Proche de la famille Séguier, ce François (de) Verthamon, conseiller  d’État et intendant de Guyenne puis d’Auvergne († 1666), pourrait aussi avoir joué un rôle dans le développement de leur collection d’émaux limousins (M. Beyssi-Cassan, Le métier d’émailleur à Limoges, XVIe-XVIIe siècles, 2006, p. 348-349).


Ill. 2


 Ill. 3

Quant au commanditaire de cette coupelle illustrant une scène miraculeuse de la vie de son saint patron, il est encore difficile de le déterminer, en raison de l’existence de plusieurs homonymes en cette fin de siècle. S’agissait-il de François-Michel, maître des requêtes au parlement de Paris et seigneur de Brie-Comte-Robert qui mourut suffisamment âgé en 1697 pour voir son second fils Jean-Baptiste, chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, accéder à l’épiscopat comme évêque de Pamiers (1693) ? Ou bien de son fils aîné François († 1730), conseiller au Châtelet puis au parlement de Paris et seigneur de Villemenon, remarié avec Catherine d’Aubusson en 1693 ? Ces deux événements intervenus la même année auraient-ils pu fournir un prétexte à la commande de cet objet ? Ou encore avancer le nom de leur cousin François, premier président du Grand Conseil et marquis de Manœuvre († 1738) ? Une telle identification semblerait peu plausible pour ce dernier car les armes visibles sur son ex-libris (ill. 3) ou sur son portrait gravé sont surmontées d’une couronne de marquis et entourées des colliers des ordres royaux.

Quoi qu’il en soit de son identité, ce personnage est issu d’une famille parvenue en trois générations de la basoche provinciale au sommet de l’appareil d’État et qui a su maintenir des relations avec les émailleurs de Limoges, œuvrant de surcroît à favoriser probablement leurs productions au sein de l’élite parisienne. En commandant une telle pièce, à la fois porteuse d’une iconographie élaborée caractéristique de la Réforme catholique et portant son nom et ses armoiries, ce magistrat proche de la cour et du cercle de Madame de Sévigné (la comtesse de Guitaut, née Verthamon, fut l’une de ses fidèles correspondantes) souhaitait sans doute afficher sa dévotion et celle des siens. Le musée conserve d’ailleurs deux cartouches sculptées aux armes de Jeanne de Verthamon, qui fut abbesse de Sainte-Marie-de-la-Règle à Limoges, de 1619 à 1675.

Bien qu’appartenant aux réalisations « tardives » de Limoges, encore trop mésestimées par rapport aux œuvres « glorieuses » de la Renaissance, cette pièce perpétue la tradition des commandes particulières et témoigne de l’adaptation et du grand savoir-faire des ateliers limousins vers 1700.

 

 

Don de l’Association des Amis du musée d’un vase en émail de Pierre Christel.

Ce vase sur fond blanc orné de bandes beige et gris, de motifs géométriques et de filets en paillon d’or, a été créé en 2017 et a été exposé à la galerie « Comptoir des Savoir-faire » de Limoges au sein d’une série de vases conçus spécialement pour cette occasion par l’émailleur.
Cette acquisition a été permise grâce à une partie du legs de Gaby Lansac (1920-2012) à l’association des Amis du musée, permettant ainsi de poursuivre l’action de la collectionneuse en faveur de l’artiste et du musée. L’œuvre est actuellement visible dans le parcours permanent dédié aux émaux, accompagnés de quatre plaques de Pierre Christel également offertes en don au musée en 2017.

Visionner / télécharger gratuitement:
– La plaquette des dons des Amis 2002/2013

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